Assise à la gare routière de SIBUT, dans la préfecture de la Kémo, près de son plat de régimes de bananes, Olga Dizingui, mère d’un garçon de 14 ans vivant avec un handicap aux deux pieds, s’arme de courage et de détermination pour subvenir aux besoins de sa famille. Cependant, entre moqueries, insultes et rejet, la vie d’Olga est marquée par de nombreuses difficultés au quotidien.
Âgée de 31 ans, elle est née avec ce handicap qu’elle porte comme une réalité quotidienne, sans jamais en faire une excuse : « Je suis née comme ça, mes deux pieds ne fonctionnent pas depuis ma naissance », explique-t-elle avec simplicité. Grandir avec ce handicap n’a pas été chose facile. Elle raconte une enfance marquée par les difficultés matérielles et le regard parfois dur de la société.
Très tôt, elle a dû apprendre à se battre pour exister et à compter sur elle-même : « J’ai beaucoup souffert, mais la vie m’a appris à me débrouiller seule », confie-t-elle.Ces épreuves ont forgé son caractère et renforcé son sens des responsabilités. Cependant, après être tombée enceinte, sa vie a basculé davantage, car le père de son enfant l’a abandonnée en pleine grossesse : « Au début, il reconnaissait que l’enfant était de lui, mais après, il a tout nié », raconte Olga avec une pointe d’amertume.
Entre sa situation de handicap et l’absence de soutien, elle se retrouve face à une maternité difficile. Pourtant, elle refuse de céder au découragement : « Je ne pouvais pas abandonner mon enfant. Je devais me lever et faire quelque chose », affirme-t-elle.
Après avoir donné naissance à un garçon, elle s’est armée de courage pour se lancer dans le commerce afin de s’occuper de son enfant. Au-delà de cette situation pénible, son rêve reste clair : construire un jour une maison pour offrir un cadre de vie digne à sa famille : « Je veux que mon enfant ait un endroit sûr où vivre », ajoute-t-elle avec espoir.
Cependant, son quotidien est semé d’obstacles. La fatigue liée à son handicap se combine aux difficultés sociales. Plus grave encore, elle subit au quotidien des moqueries et parfois même le rejet: « Il y a des gens qui ne veulent pas que je vende devant leurs boutiques », dit-elle.
Cette triste réalité met en évidence que la stigmatisation des personnes vivant avec un handicap est encore très présente dans la ville de Sibut.
Malgré cela, certains membres de la communauté reconnaissent son courage. Calvin, un habitué de la gare, salue sa détermination : « Malgré son état, elle travaille. Ce qu’elle fait mérite du respect. » Dieudonné, quant à lui, estime que la solidarité doit aller plus loin : « Ces personnes ont besoin d’aide. Il faut vraiment les soutenir et les prendre en charge. ». Confie-t-il.
Consciente de ses limites, Olga lance aujourd’hui un appel aux personnes de bonne volonté. Elle espère obtenir un soutien pour développer son activité et concrétiser son projet de construction: « Si on m’aide un peu, je peux aller plus loin », dit-elle avec conviction.
Elle poursuit en lançant un message fort aux personnes vivant avec un handicap de lui emboîter le pas : « Même si on est infirme, on peut faire quelque chose de ses propres mains. Il ne faut pas se décourager », insiste-t-elle.
À travers son parcours, Olga Dizingui incarne la résilience, la dignité et le courage. À la gare de SIBUT, elle ne vend pas seulement des bananes. Elle raconte, chaque jour, une histoire de lutte, d’espoir et de foi en l’avenir. Son témoignage vivant rappelle que le handicap n’empêche ni la volonté, ni la dignité, ni le droit de rêver.
