Alors que les opérations de déguerpissement des vendeurs installés sur les emprises publiques se poursuivent au centre commercial de Km5, dans le 3ᵉ arrondissement de Bangui, les tensions ne faiblissent pas entre les agents de la Brigade d’intervention et de répression (BIR), les vendeurs ambulants et les conducteurs de moto-taxi. Présentées par les autorités comme une mesure visant à libérer les voies de circulation et à assainir le marché, ces interventions sont vivement contestées par les acteurs économiques, qui dénoncent leurs répercussions sur leurs activités.
Sous un soleil de plomb, des vendeurs tentent de reprendre leurs activités après le passage des agents de la BIR. Pendant que certains évoquent des pertes importantes, d’autres réinstallent leurs marchandises à même le sol afin de continuer leurs activités. Ils accusent les forces de l’ordre de recourir à un usage disproportionné de la force et de détruire leurs produits lors des opérations. Sadam Tiando, vendeur ambulant déplore cette situation : « Moi, j’accuse les autorités. Ils ne font pas le suivi des choses, car, c’est eux qui envoient des éléments de la Brigade d’intervention et de répression pour saccager nos marchandises. Pourtant, ils ont été formés pour sécuriser le marché. Au lieu de se concentrer sur cette mission, ils font usage de la force », déplore-t-il.
Les conducteurs de moto-taxi, également touchés par les opérations visant à libérer les voies de circulation, reconnaissent que le stationnement anarchique constitue un problème. Ils estiment toutefois que les déguerpissements répétés ne résoudront pas durablement la situation. Jonathan, conducteur de moto-taxi, déplore le manque de gare routière : « La seule solution, c’est de demander aux autorités de nous trouver une gare routière. Cela va nous permettre de bien stationner », partage-t-il.
Face à cette situation préoccupante, la coordination de la BIR assume ses interventions. Pour cette unité, les opérations répondent à un impératif de sécurité, de salubrité et de fluidité de la circulation dans le principal centre commercial de Bangui. Interroge Aminata Salimadja, coordonnatrice de la BIR, affirme que les opérations de déguerpissement ne visent pas à pénaliser les commerçants, mais à restaurer l’ordre dans un marché régulièrement confronté à l’occupation des emprises publiques, aux embouteillages et à l’insalubrité : « Quand tu attrapes un voleur, il se défend aussi. Si tu travailles pour développer le pays, ce n’est pas tout le monde qui aime ça. Nous connaissons tous les réalités du 3ᵉ arrondissement. Les gens viennent de partout pour faire leurs achats, même des étrangers. Lorsque nos autorités passent et que le marché est sale, est-ce que cela donne une bonne image ? », confie -t-elle.
Notons que malgré leurs divergences, les trois parties s’accordent sur un constat : le marché de Km5 a besoin d’une meilleure organisation. Là où les commerçants et les conducteurs de moto-taxi réclament davantage de dialogue, des espaces de vente aménagés et une gare routière, la BIR insiste sur le respect des règles comme condition indispensable pour garantir la sécurité des usagers, faciliter la circulation et préserver l’image du plus grand marché de la capitale.
